La Knesset officialise l’Israël État d’apartheid

Jeudi matin, la Knesset, le parlement israélien, a fait passer une loi élevant le pays au statut d’« État-nation du peuple juif ». Les Arabes israéliens, qui représentent 18% de la population, sont donc relégués au second rang. Le texte élimine la langue arabe des langues officielles. L’hébreu devient la seule langue  officielle. Les accusations de « racisme » de l’opposition et les fortes réserves  de Reuven Rivlin, Président de l’Israël, ont néanmoins pesé puisque cette loi abjecte n’ a été adoptée que par 62 voix pour, 55 contre et cinq absentions.

Protestation à Tel Aviv, le 14 juillet, contre le projet de loi défendu par le Likoud. Jack Guez/AFP

Protestation à Tel Aviv, le 14 juillet, contre le projet de loi défendu par le Likoud.

Si la loi sur les libertés du 17 mars 1992 définissait Israël d’un bel oxymore – un « État juif et démocratique » – laissant quelque place à l’interprétation, depuis jeudi, le caractère inégalitaire de l’État israélien est désormais assumé et gravé dans le marbre de la Loi. Avec 62 voix contre 55 et 3 abstentions, la Knesset a adopté le texte élevant le pays au rang « d’État-nation du peuple juif ». Cette Loi fondamentale, préparée depuis plus de sept ans par la droite et l’extrême droite israéliennes, officialise de fait les discriminations envers les Israéliens non juifs. Elle est aussi le point d’orgue d’une batterie de lois liberticides votées ces cinq dernières années, avec, entre autres, l’interdiction de la commémoration de la Nakba pour les Palestiniens, le refoulement aux frontières des partisans de la campagne BDS ou encore le retrait du statut de résident aux Palestiniens de Jérusalem-Est pour « rupture de loyauté ».

Netanyahou,  1er ministre de l’État de l’Israël avec à ses côtés, Avi Dichter, auteur du texte de loi définissant officiellement l’Israël comme un État juif

Pour les députés de la Liste arabe unie, cette loi correspond à « la mort de (leur) démocratie ». Une formule qui fait écho à celle qui avait accompagné l’assassinat d’Yitzakh Rabin, tué le 4 novembre 1995 par l’ultranationaliste religieux juif Ygal Amir. Quand il était aux manettes, le premier ministre travailliste et signataire des accords d’Oslo a toujours tenté de respecter l’esprit de la déclaration d’indépendance du 14 mai 1948, qui assure « une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous les citoyens israéliens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ». Autant de valeurs ouvertement violées par les dispositions inscrites dans cette nouvelle loi made in Likoud. Le texte cible particulièrement les Palestiniens d’Israël, soit 18% des habitants du pays. La notion de judaïté accolée à celle de nation les rabaissent de facto à une citoyenneté de second rang. Un article stipule même que la langue arabe qui, au même titre que l’hébreu, avait jusqu’alors le statut de langue d’État, n’aura plus désormais qu’un « statut spécial ». Pour Saëb Erakat, secrétaire général de l’OLP, ce genre de détails révèle une loi raciste qui « légalise officiellement l’apartheid en Israël ». Un point de vue repris hier par la députée d’opposition travailliste, Shelly Yachimovich.

Depuis la NAKBA, voilà 70 ans que les Palestiniens vivent sous la politique d’apartheid de l’Israël, qui occupe et colonise le pays en total illégalité.

De son côté, Benyamin Netanyahou, malgré un score plus faible qu’il ne l’espérait, s’est félicité de ce vote. « C’est un moment décisif dans l’histoire de l’État d’Israël qui inscrit dans le marbre notre langue, notre hymne et notre drapeau », s’est réjoui l’actuel premier ministre, bourreau de Gaza,  oubliant de citer, outre le rétablissement du calendrier lunaire, deux autres points plus gênants.

En France, le bourreau de Gaza peut compter sur son ami Macron.

Quelques mois après l’inauguration de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem par Donald Trump – qui a débouché sur le massacre par l’armée israélienne d’une soixantaine de Gazaouis venus manifester à la frontière –, la loi définit officiellement la ville comme capitale « complète et unifiée » du pays. Et ce, alors même que le statut de Jérusalem – comme le droit international l’y engage – ne peut être tranché qu’au terme de négociations de paix avec les Palestiniens. Autre point oublié : l’article évoquant la possibilité de créer des localités exclusivement réservées aux juifs. Après que l’opposition a réussi à en faire reconnaître l’aspect discriminatoire, le texte amendé affirme néanmoins que « l’État considère que le développement des implantations juives relève de l’intérêt national ». Une philosophie violente que le rapporteur de cette loi, le député du Likoud Avi Dichter, n’a pas hésité à promouvoir, jeudi, en lançant aux députés arabes : « Vous n’étiez pas ici avant nous et vous ne resterez pas ici après nous. Nous avons fait passer cette Loi fondamentale pour empêcher la moindre velléité ou tentative de transformer l’État d’Israël en une nation de tous ses citoyens. »

Des propos qui devraient logiquement interpeller les Nations unies. Depuis 1973, la France, comme la majorité des États membres de l’ONU, a adopté une convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid. À l’heure où ces lignes étaient écrites, Emmanuel Macron, président du pays des droits de l’homme, ne semblait pas s’en souvenir. Et l’Israël devient le seul pays au monde à nomination religieuse, sans frontière officielle et qui continue d’occuper et e coloniser la Palestine en toute illégalité malgré les nombreuses résolutions de l’ONU !

 

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