Israël, de quoi me souviendrai-je de toi ?

Je me souviens aussi des poignées de main entre Rabin et Arafat en 1993, à Oslo, et l’espoir fracassé par l’extrême droite obscurantiste juive, assassinant l’espoir de paix en la personne du premier ministre israélien.

Chaque vendredi, Pierre Serna, historien, livre dans une rubrique du journal l’Humanité, son sentiment sur l’actualité. Ce vendredi il a écrit celle que nous vous livrons ci-dessous. Elle fait suite  aux massacres orchestrés par Nethanayou et Trumps à Gaza. Elle invite les israéliens à s’interroger sur leur propre histoire.

Je me souviens , en 1987, de jeunes officiers israéliens mettre des numéros sur les prisonniers palestiniens pour les trier, inconscients de ce qu’ils faisaient au regard de la Shoah.

 Sommes-nous à ce point gavés d’images violentes et d’informations toujours plus anxiogènes que, une semaine après le meurtre de 60 Palestiniens et les blessures et amputations infligées par armes de guerre à des centaines d’autres, nous soyons passés à autre chose, et que la communauté internationale n’ait quasiment rien fait pour tenter d’imposer, simplement, le droit ? Je me souviens de mon CM2 à Tulle. Dans cette terre de résistance s’il en est, notre institutrice nous avait montré, pour préparer la cérémonie du souvenir des pendus par les SS de la division Das Reich en juin 1944, des documents de la Seconde Guerre mondiale, où l’on voyait des scènes de camps de concentration, première vraie confrontation avec le martyre du peuple juif. Je me souviens de mes cours de terminale à Nice, lorsque la solution finale fut étudiée de façon approfondie avec la naissance douloureuse d’Israël, et l’aventure de ces migrants juifs sur la Méditerranée.

Je me souviens des visions de la seconde intifada, en septembre 2000, et de cet enfant, déjà mort, tué par balle et encore blotti contre son père

Je me souviens aussi d’un basculement, en 1982, lors des massacres de Sabra et Chatila, lorsque Tsahal, l’armée israélienne, laissa massacrer impunément des milliers de Palestiniens réfugiés dans les faubourgs de Beyrouth. Je me souviens aussi de l’horreur des anciens déportés, lorsqu’ils virent, durant la première intifada, en 1987, de jeunes officiers israéliens mettre des numéros sur les prisonniers palestiniens pour les trier, inconscients de ce qu’ils faisaient au regard de la Shoah. Je me souviens aussi des poignées de main entre Rabin et Arafat en 1993, à Oslo, et l’espoir fracassé par l’extrême droite obscurantiste juive, assassinant l’espoir de paix en la personne du premier ministre israélien.

Je me souviens aussi, en 1982, lors des massacres de Sabra et Chatila, lorsque Tsahal, l’armée israélienne, laissa massacrer impunément des milliers de Palestiniens

Je me souviens des visions de la seconde intifada, en septembre 2000, et de cet enfant, déjà mort, tué par balle et encore blotti contre son père qui le protégeait en vain… Je me souviens du courage de Zeev Sternhell, le grand historien israélien du fascisme, dénonçant le songe brisé d’une démocratie israélienne incapable d’assumer la naissance d’un second État garantissant la paix entre deux pays indépendants et souverains… puis la tentative d’attentat contre lui en 2008. À force de dénoncer Netanyahou, il ne faut pourtant pas oublier qu’Israël demeure un pays démocratique. Ce sont les Israéliens qui choisissent leurs députés. De quoi est construite leur mémoire ? De quoi est construit leur futur ? De quoi les jeunes Israéliens se souviendront-ils ? Je n’aimerais pas me souvenir d’Israël comme d’un pays bourreau des Palestiniens. Il est temps de changer, que les Israéliens retrouvent la mémoire et l’utilisent comme une arme de paix plutôt que comme une arme de destruction lourde de leur propre histoire… Il le faut pour les enfants de ces deux pays : Israël et Palestine.

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